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As an introduction to this review, a confession: I suffer from attention deficit disorders, and my mind often wanders when the music I listen to does not provide me with the intensity that keeps me engaged, according to my own personal, unchosen criteria.
Here, I was hooked by the very first sounds I heard and immediately felt the urge to get the Hi-Res files so I could surprise myself with the complete album on my Hi-Fi system. In this regard, kudos to Victor and the label for the prices they charge, which, despite my depleted wallet, allowed me to contribute and enjoy an optimal experience.
Surprise will be the key word, or at least the starting point for my write-up, since beyond the first one—the affordable price for just about anyone—it turned out to be my bargain of the month, far superior to other more expensive albums by more “established” artists. The music itself offers a myriad of small and large rewards for those who appreciate skillfully and finely crafted noise, whose variety tickles the eardrums without ever being aggressive.
The equipment used, according to the album description, is fairly straightforward, which adds to the impression of mastery shown by the artist. For my part, despite my limited knowledge of modular synthesis, I had the feeling of being in the hands of someone who knows precisely what they are doing and where they are going, both in terms of the instantaneous material we hear in this collection of pieces and in the intelligence of the narration and the arrangement of the pieces in relation to each other.
Writing in the heat of the moment with just a few notes, I am neither able nor inclined to analyze each track individually, but rather to highlight everything that struck me as brilliant in this project.
There is a beautiful balance between the rawest passages in terms of sound, perhaps pure from the module, and more maximalist constructions that take full advantage of effects, delay, and reverb to play on all the contrasts that keep you on the edge of your seat, as you let yourself be lulled and vibrated by passages of round, raw bass with a monophonic aspect, which liberate themselves and open up into heart-pounding stereo flights, all the more powerful as the contrast is masterfully controlled. Between relative softness, always stimulating, and torrents of distortion, the dynamics of the project are constantly apparent and deliver, through this flood of surprises, a recording that will probably allow for multiple listenings, always marked by discovery.
In the realm of imagination, poetry is striking when we can forget the concrete origin of sound and find it transmuted into chants from another world or the ringing of bells from parralel paradise, whose simplistic original conception is far surpassed by the complexity of the performance and the variety of the material presented. Far beyond binary, manichean thoughts, it takes us on a journey through our dreamlike impulses as well as our desire to physically vibrate with the power of low frequencies.
There are moments of grace in bareness, and we can even let go and leave solid ground behind to be carried away by the metallic resonances of a wonder factory, buzzing of hybrid insects, cries of familiarly foreign creatures, or siren calls of a gentle apocalypse.
It is a restless experience, but one that fills rather than wears you out, and the flow of ideas from its creator, their spontaneous instinct for improvisation or perhaps post-production, leaves a sentiment of fullness, in which you can even glimpse the playful spirit and snippets of their humor.

Victor Moragues, a trully beautiful outsider, perfectly at home in the soft light of a Japanese screen.

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En introduction à cette chronique, une confidence, je souffre de troubles de l’attention, et souvent mon esprit vagabonde lorsque la musique que j’écoute ne me fournit pas, bien personnellement et selon mes critères -non choisis- de stimulation, une charge d’intensité qui me maintient en haleine.
Ici j’ai été pris des les premiers sons entendus et j’ai eu aussitôt envie de me procurer les fichiers Hi-Res pour me faire la surprise de l’album complet sur mon système Hi-fi. En passant bravo à Victor et au label pour les prix pratiqués qui m’ont laissé malgré mon portefeuille béant mettre une petite pièce et profiter d’une expérience optimale.
Surprise sera le maître mot, ou au moins le point de départ de mon écrit, puisqu’au delà de la première, celle du prix abordable à quasiment n’importe qui, va s’avérer ma bonne affaire du mois – bien supérieure à d’autres albums plus chèrement payés, d’artiste à la notoriété plus “établie”. La musique elle même constitue un myriade de petits et grands cadeaux pour qui a le goût du bruit savamment et finement agencé, dont la variété vient chatouiller les tympans sans jamais les agresser.
Le matériel employé, selon la description de l’album, est assez rudimentaire, ce qui rajoute à l’impression de maîtrise chez l’artiste. Pour ma part j’ai eu la sensation d’être entre les mains, malgré mon peu de connaissance de la synthèse modulaire, de quelqu’un qui sait précisément ce qu’il fait et où il va, et ce aussi bien dans la matière instantanée qu’on entend dans cette collection de pièces, que dans l’intelligence de la narration et de l’agencement donc, des pièces les unes par rapport aux autres.
Écrivant à chaud à l’aide de quelques notes, je ne suis pas en mesure ni dans l’envie de faire un travail sur chaque piste, mais plutôt de mettre l’accent sur tout ce qui m’a paru formidable dans ce projet.
On y trouve une belle balance entre les passages les plus bruts au niveau du son, peut-être pur du module, et des constructions plus maximalistes qui prennent l’ampleur des effets, delay, réverbération, pour jouer sur tous les contrastes qui maintiennent en haleine, puisqu’on se laisse caresser et vibrer dans des passages de basses rondes et brutes, à l’aspect monophonique, qui se libèrent et s’ouvrent dans des envolées stéréo qui font battre le cœur, d’autant plus fort que le contraste est maîtrisé. Entre douceur relative, toujours stimulante ou déluges de distorsion, la dynamique du projet se manifeste en permanence et délivre par ce flot de surprises, un enregistrement qui autorisera probablement de multiples écoutes pétries toujours par la découverte.
Dans l’imaginaire, la poésie en est frappante lorsqu’on peut oublier la provenance concrète du son pour l’y trouver muée dans des chants d’un autre monde ou que résonnent les cloches d’un paradis parallèle, dont la conception originelle simpliste est bien dépassée par la complexité de la performance et la variété de la matière présentée. Bien au delà des pensées binaires, manichéennes, elle nous prend dans nos élans oniriques comme dans nos envies de vibrer physiquement par la puissance des basses fréquences.
On y trouve des moments de grâce dans le dénuement, et on peut même dans un lâcher-prise laisser la terre ferme derrière nous pour être transportés dans les résonances métalliques d’une usine à merveilles, les bourdonnements d’insectes hybrides, les cris de créatures familièrement étrangères, ou le chant des sirènes d’une douce apocalypse.
Une expérience sans repos mais qui remplit plus qu’elle n’épuise, et la suite des idées de son créateur, son instinct spontané dans l’improvisation ou peut être dans la post-production laissent une impression de plénitude, dans laquelle on peut même deviner son esprit joueur et des bribes de son humour.

Victor Moragues, outsider magnifique et bien à sa place dans la lumière tamisée d’un paravent nippon.

B.

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